Si...

Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,
Un chacun perd la t�te, et met le bl�me en toi;
Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi;
Si l'attente, pour toi, ne cause trop grand-peine:
Si, entendant mentir, toi-m�me tu ne mens,
Ou si, �tant ha�, tu ignores la haine,
Sans avoir l'air trop bon, ni parler trop sagement;

Si tu r�ves, - sans faire des r�ves ton pilastre;
Si tu penses, - sans faire de penser toute le�on;
Si tu sais rencontrer Triomphe ou bien D�sastre,
Et traiter ces trompeurs de la m�me fa�on;
Si tu peux supporter tes v�rit�s bien nettes
Tordues par les coquins pour mieux duper les sots,
Ou voir tout ce qui fut ton but bris� en miettes,
Et te baisser, pour prendre et trier les morceaux;

Si tu peux faire un tas de tous tes gains supr�mes
Et le risquer � pile ou face, - en un seul coup -
Et perdre - et repartir comme � tes d�buts m�mes,
Sans murmurer un mot de ta perte au va-tout;
Si tu forces ton coeur, tes nerfs, et ton jarret
A servir � tes fins malgr� leur abandon,
Et que tu tiennes bon quand tout vient � l'arr�t,
Hormis la Volont� qui ordonne : "Tiens bon !"

Si tu vas dans la foule sans orgueil � tout rompre,
Ou frayes avec les rois sans te croire un h�ros;
Si l'ami ni l'ennemi ne peuvent te corrompre;
Si tout homme, pour toi, compte, mais nul par trop;
Si tu sais bien remplir chaque minute implacable
De soixante secondes de chemins accomplis,
A toi sera la Terre et son bien d�lectable,
Et, - bien mieux - tu seras un Homme, mon fils.

Jules Castier,
d'apr�s If... de Rudyard Kipling
(mais je lui pr�f�re la version de Andr� Maurois).